3000 postes de remplaçants créés en quelques heures ….

Retour sur l'annonce du ministre de l'envoi de 3000 remplaçants dans les lycées.

Retour sur un effet d’annonce

Il est 21h après une déjà longue journée marquée par plusieurs manifestations et toutes les autres choses que la période nécessite de faire. Le téléphone vibre à nouveau dans tous les sens. Ce sont nos contacts hors Éducation Nationale qui s’interrogent : 3000 remplaçant·es, mais d’où il les sort ? Avec son annonce le ministre a fait son petit effet. Enfin côté Éducation Nationale on rit jaune, car les collègues et nous savons qu’une telle annonce ne peut être qu’une entourloupe.

Alors déjà on relativise. Il y a 3700 lycées en France. C’est donc moins d’un·e remplaçant·e par lycée dont on parle. Imaginons Zorro arrivant sur son cheval ou Gérard Klein sur son scooter avec pour mission de remplacer tout à la fois la collègue de SES, le collègue d’éco-gestion et celle de SVT. Tout de suite, ça claque un peu moins. C’est dingue comme avec les ordres de grandeur on se fait toujours avoir.

Mais qui sont ces 3000 remplaçant·es ? Des recruté·es du jeudi soir ? Des planqué·es oublié·es du système ? Que nenni. Des professeur·es non-affecté·es. Coût de la mesure ? Zéro euro. « Mais oui, mettons fin à ce scandale! » se dit le téléspectateur non averti devant tf1.

Sauf que si ces 3000 profs ne sont pas affecté·es c’est qu’il y a une raison. Et à ce stade on peut imaginer 3 hypothèses, dont on ne sait laquelle est la moins glorieuse pour le ministre.

Peste ? Ou choléra ?

La première c’est que ces profs ne sont pas affecté·es en raison des systèmes de gestion des remplacements défaillants. Mais voilà donc un logiciel magique ! Ce que pointe alors le ministre ce serait donc en fait les effets de la sous-administration créée par les restrictions budgétaires imposées par des gouvernements qu’il a soutenus et pour lesquels il a travaillé. Embarrassant.

La deuxième, c’est que si ces profs ne sont pas affecté·es c’est qu’il n’y a pas de besoin dans leur discipline à une distance raisonnable pour envisager une affectation qui ait du sens. L’annonce du ministre conduirait alors à envoyer, via le fameux logiciel magique, des collègues à une distance invraisemblable de chez eux ou de chez elles – allez ! le matin à Abbeville, l’après-midi à Soissons par exemple ! – ou à les affecter en suppléance dans des lycées où il n’y a pas de besoins dans les disciplines. On sera très attentifs et attentives à ce que ce ne soit pas le cas : n’hésitez pas à nous contacter si vous voyez arriver ces affectations infaisables !

La troisième est peut-être encore moins reluisante, elle consisterait à prendre des moyens de remplacement pensés pour le collège pour les envoyer en lycée. Pierre, Paul tout ça tout ça.

On cherchera désespérément (mais pas trop fort) une hypothèse qui permette au ministre de sauver la face. Mais on sait bien qu’aucune baguette magique ne permettra de résoudre les problèmes structurels évoqués par les lycéen·nes depuis 3 semaines par la grâce d’une action médiatique.

Et oui M. le ministre, il va falloir se coltiner le réel. Recontacter ces milliers d’enseignant·es contractuel·les qu’on a dû laisser filer sous la pression de Bercy à chaque mois de juin. Et retrouver ces recommandations de la convention citoyenne sur les rythmes scolaires que vous avez négligemment enterrées.

Une chose encore :
c’est mal parti pour le primaire… On imagine bien les laissé·es-pour-compte du premier degré qui ne verront pas leur école bloquée de si tôt !